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Conseil d’irresponsabilité constitutionnelle

Cher Toi,

Au rythme de mes humeurs, il en est qui sont plus longues à exprimer que d’autres. Celle que tu t’apprêtes à lire fait partie de celles-là, qui exigent de moi de poser ma colère, de la regarder en face avant de pouvoir la partager.

Je t’ai habitué à des mots fins (ou pas), des soubresauts et autres cabrioles, et tu seras peut-être surpris de mon absence absolue d’hilarité en t’écrivant ces lignes. “On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde“, disait le Grand Homme … j’avoue n’être pas toujours à la hauteur de l’adage.

Aujourd’hui, je vais te parler de ma nausée Républicaine. De mon dégoût profond, devant la manifestation flagrante de l’irresponsabilité de ceux que l’on nomme “nos élites”. De mon incrédulité, et enfin, de l’amertume découlant de l’oubli qu’ont ces hommes (et il s’agit bien ici du genre) de l’essentiel.

Je pressens déjà que certains me rappelleront que le principe s’applique, que l’on aime ou non ses conséquences. Qu’il nous protège, aussi, la plupart du temps. Qu’il est garant des libertés individuelles et collectives. Que ce qui vient de se passer est à ranger dans la malheureuse catégorie des dommages collatéraux.

Tu n’ignores pas que le Conseil constitutionnel a abrogé, vendredi 4 mai l’article 222-33 du code pénal qui définissait le délit de harcèlement sexuel.

La Question Prioritaire de Constitutionnalité avait été soulevée en cassation par Gérard Ducray, ancien député du Rhône. Condamné en appel en 2011 pour harcèlement sexuel à trois mois de prison avec sursis et 5000 euros d’amende. Ce dernier jugeait le texte trop flou … comme une association féministe, qui s’était jointe à la procédure.

Alors, me diras-tu, si les féministes étaient d’accord, où est le problème ?

A cette question, je réponds qu’il ne s’agit pas d’un problème … mais de plusieurs. Évidents. Criants.

Prenons les choses dans l’ordre.

Deux des membres sur les 7 ayant rendu la décision, connaissent personnellement Gérard Ducray: Jacques Barrot, Secrétaire d’Etat au logement dans le même gouvernement que M. Ducray, et Hubert Haenel, de son côté conseiller pour les questions judiciaires à l’Elysée de 1975 à 1977. Gérard Ducray, quant à lui, a été Secrétaire d’Etat au tourisme de 1974 à 1976.

Tu me trouveras peut-être tatillonne, mais il me semble qu’on pourrait légitimement soupçonner un conflit d’intérêt.

La décision rendue supprime purement et simplement la qualification légale de harcèlement sexuel. L’application de ces dispositions est immédiate et s’impose aux juges, qui se voient par conséquent dans l’obligation d’annuler toute procédure en cours. A l’évidence, on ne poursuit pas un “bon citoyen” qui n’a commis aucun acte répréhensible aux yeux de la Loi.

Et voici donc quelques centaines de femmes (puisqu’il s’agit, là encore, du genre) laissées dans le vide juridique le plus absolu, après avoir espéré pouvoir défendre leur dignité devant les tribunaux. J’aimerais que tu m’expliques comment elles se sentiront protégées par l’impartialité de la Loi, dorénavant. Je subodore qu’elles auront quelques difficultés à retrouver une confiance sans doute déjà fragile en l’autorité publique.

Tu pourras bien entendu me dire que le Conseil Constitutionnel n’avait d’autre choix, puisque l’abrogation différée demandée par l’AVFT était techniquement impossible. Il faudra alors que tu m’expliques ce qui empêchait les “Sages” (je persiste à poser le terme entre de précautionneux guillemets empreints de doute), de conserver cette loi, en soulignant qu’elle gagnerait à être modifiée.

Dans le meilleur des cas, il faudra plusieurs mois à la nouvelle majorité parlementaire pour rédiger un texte promulgable.  Dans le pire des cas, le sujet se placera derrière d’autres, dans l’ordre des priorités législatives. On n’aura alors qu’à souhaiter n’être pas employée par un pratiquant du droit de cuissage. Et dans le cas inverse, à tenir en silence, puisque rien ne l’empêchera plus de s’adonner à la chasse sur son lieu de travail.

Nous qui sommes si prompts à donner des leçons de savoir humanitaire au monde entier, devrions sans doute nous pencher sur la définition du mot Sagesse. Il semble que nous en ayons perdu l’essence.

La Grande Zaza.

Cher Toi,

(Ca devient la folie-du-spectacle ici, un post par jour, j’ai mes vapeurs)

Dans la mesure où je ne peux pas passer ma vie à râler (quoique …), et où tu es venu avec tes amis ces derniers jours, la bonté qui m’habite s’est soudain sentie en mal d’action. Je vais donc (exceptionnellement, ne vas pas t’imaginer que ce soit un mouvement pérenne), en ce presque jour de printemps, te faire rapport d’un concert auquel j’ai assisté le mois dernier (je sais. Je t’ai déjà expliqué que je suis une fille occupée. Devra-t-on vraiment revenir sur le sujet à chaque conversation ?).

Le 8 février, donc, au Divan du Monde, se produisait un très joli OVNI de la scène française, du nom de Zaza Fournier.

Cette jeune personne est assez agaçante, somme toute.

Jolie (mais pas trop, t’empêchant de la détester), drôle (te forçant à la trouver sympa), talentueuse (te donnant envie de l’écouter), jouant de l’accordéon (et là, tu me dis que tu aurais pu te marrer parce que l’accordéon, c’est tsouin-tsouin, mais en fait, la concernant, non), et nourrie aux céréales complètes et au lait entier (ce qui la rend capable de sautiller comme un lapinou des campagnes pendant 3 heures).

Dont preuve ci-dessous.

On en conclurait naturellement qu’il suffit, n’en jetez plus, la cour est pleine. On ferait une magistrale erreur.

Non contente d’amasser en son sein (à peine caché, que nous avons su apercevoir, la coquine), elle s’offre le luxe d’avoir choisi en première partie un artiste aussi bon qu’elle. Ce qui, tu en conviendras, constitue un acte vicieux digne des cours de mathématiques de collège.

Barcella, le jeune homme en question est un condensé d’humour, de poésie et de finesse.

Dont preuve ci-dessous, bis repetita.

J’aimerais, dans la mesure du possible, que l’on ait l’amabilité de dire aux responsables de cette programmation que nous ne saurions tolérer ces procédés douteux.

On atteint les bornes des limites, qu’il conviendrait de ne pas dépasser.

Ragoût de beauf.

Cher Toi,

Tu n’es pas accoutumé à un rythme si soutenu, et je sens poindre en Toi un étourdissement soudain. Certes, je t’ai écrit hier. Certes, on pourrait considérer que c’est assez de râlerie pour une semaine.

Il en va ainsi, cependant, de mes humeurs: elles sont aléatoires et sinusoïdales.

Et en ce jour béni de l’an deux mille douze, je me trouve piquée d’une énorme envie de m’adresser à un illustre représentant de l’intelligence tricolore. Un de ceux qui font notre fierté, notre honneur, qui aident le petit peuple a retrouver les mouvements érectiles de sa jeunesse envolée, la ménagère de moins de cinquante ans à comprendre à quoi servent ses bigoudis, l’enfance bénie de la Mère-Patrie à appréhender la corrélation existant entre la taille de ses narines et celle de ses index. De ceux sans qui la France ne serait qu’une banlieue oubliée, au bout d’une ligne de RER désaffectée (prends un instant pour relire et saisir la poésie de l’image. Voilà).

Sans plus attendre, pour que tu puisses mesurer l’ampleur de mon émotion, je t’invite à visionner le grand moment ci-dessous :

(Avertissement: la séquence qui suit pique les yeux et fait saigner les tympans. Je ne saurais trop, par conséquent, te recommander d’éloigner tout public âgé de moins de 25 ans, afin de ne pas risquer d’influencer une jeunesse tendre et fragile. Pour une fois, fais ce que je te dis. C’est borderline radioactif)

(Maintenant, si tu veux prendre un moment pour te recueillir, n’hésite pas. On a si peu d’occasions d’extase, que je m’en voudrais de t’ôter ta seule chance d’orgasme de l’année. Sic)

A cet instant où te saisit la finesse de l’animateur, l’extraordinaire acuité de son jugement, tu comprendras que le silence ne m’était pas permis. Ainsi donc, tu ne t’offusqueras pas de l’adresse directe de cette lettre à Sébastien Cauet, Homme de Lettre et Philosophe, Pédagogue et Espoir de notre jeunesse désemparée.

Oui, Sébastien Cauet, c’est à Vous que je souhaite m’adresser ici (Vous permettez que j’emploie le vouvoiement ? C’est une règle, je ne tutoie que ceux qui m’inspirent le respect, même élémentaire). Il y a fort à parier que vous ne daignerez pas lire ou répondre à ces quelques lignes. Cependant, mon égo surdimensionné regorge d’espoir, et fantasme secrètement sur une foule me lisant, elle. Et si c’est le seul retentissement de mes lignes, j’irai dormir en paix ce soir, après avoir connu une extase intellectuelle et physique que vous ne frôlerez jamais, dans les bras d’un Homme, concept dont là non plus, vous n’aurez jamais la chance d’approcher les contours.

J’aurais pu me contenter de vous dire qui vous êtes, à mon avis. Jeter sur cette page quelques paragraphes d’injures eut certes présenté l’avantage de me soulager, et l’exutoire eut été fort agréable. Quelques un(e)s de mes ami(e)s y auraient probablement, par ailleurs, trouvé un plaisir avoué et exprimé, et nous aurions ri ensemble, nous réjouissant de ce que quelques un(e)s, puisque je sais n’être pas seule, auraient remis à sa place votre désolante petite (toute petite) personne.

Mais c’eut été céder à la facilité, et ma foi, l’humeur du jour en eut été moins belle. A ceci, je préfère de loin vous rappeler à quelques souvenirs élémentaires, dont je ne doute pas que vos courageux professeurs de sciences-naturelles auront vainement (à l’évidence) tenté de vous éveiller.

En l’état actuel des connaissances scientifiques, voyez-vous, on est assez certains d’une chose: le cycle menstruel n’est pas la manifestation d’une souillure inhérente à la nature féminine. Selon toute vraisemblance, il apparaît même que la communauté scientifique ait abandonné l’idée que cette manifestation physique soit le signe du malin. Oui, je comprends votre effarement. Vous qui pensiez que les femmes étaient des être souillés, vous doutez, et ce doute est palpable. Mais laissez-moi poursuivre l’exposé, vous pourrez ensuite vous anéantir dans un alcool frelaté, comme vous en êtes peut-être coutumier.

Voyez-vous, le cycle menstruel est la manifestation d’une fonction essentielle du corps féminin parvenu à sa maturité physique. C’est lui qui nous donne le signe de notre bonne santé. Ainsi, mensuellement, nous disposons d’un système de filtrage, qui nous permet d’éliminer des éléments qui, s’ils n’étaient pas évacués, nuiraient à notre équilibre. C’est aussi, dans l’immense majorité des cas, le signe que nos fonctions reproductives sont intactes et fonctionnelles, garantissant ainsi que, si nous le désirons (dans la majorité des cultures occidentales, du moins), nous pouvons participer à cette immense tâche qu’est la reproduction de l’espèce humaine.

Mais ça n’est pas tout. J’ai encore d’autres choses à vous apprendre.

Les femmes ont – et je suppose que cette nouvelle vous sera dévastatrice, la capacité de vivre l’orgasme. Notre corps est même – prenez un siège, vous pourriez tomber, doté du seul organe du règne animal qui n’ait d’autre fonction que le plaisir: le clitoris (je vous laisse un moment pour découvrir ce mot nouveau et consulter un dictionnaire, si vous savez comment vous en servir). Quand la pauvre petite nouille effrayée qui vous sert d’appendice sexuel comporte environ 4.000 terminaisons nerveuses, notre clitoris nous en offre le double. Oui, le double ! Et ce don de Dame Nature est unique, nous en sommes les seules détentrices.Une femme, ne vous en déplaise, n’est pas une somme d’orifices. Sa fonction n’est pas de libérer l’un deux selon la volonté d’un imbécile mal dégrossi, selon que celui-ci le lui ordonne ou pas.

Savez-vous le risque médical qu’encourent les jeunes filles à asperger leur intimité de gels et autres produits artificiels ? Vous n’en avez bien entendu aucune idée, tout revêtu de votre prétentieuse attitude. La flore vaginale est une chose précieuse et fragile, dont la fonction, là encore, est de garantir la santé et le fonctionnement normal de nos corps. Non content d’être vulgaire et sot, vous en devenez dangereux, en tenant de tels propos.

Votre position sociale et publique vous offre un certain nombre d’avantages. Vous gagnez probablement mieux votre vie que l’immense majorité d’entre nous, vous placez certainement rarement dans une file d’attente, n’avez certainement pas approché un lave-linge ou un aspirateur depuis plusieurs années. Il semble, cependant, que vous ayez omis que ce même statut vous oblige. Que vous soyez peu enclin à pratiquer l’acte sexuel si le corps de votre (malheureuse) partenaire remplit une de ses fonctions essentielles vous regarde. Que vous invitiez des adolescents au dégoût de leur corps, et de celui de la moitié de l’humanité, est une toute autre chose, que votre position ne vous autorise pas à faire.

Vos mots, vos blagues salaces, les lieux communs dont vous vous repaissez à gorge déployée, entrent dans l’esprit de très jeunes filles et garçons. Qui peuvent, contrairement à vous, puisqu’à l’évidence la nature a oublié de vous munir d’une quelconque intelligence, espérer connaître le bonheur d’un équilibre dans leurs relations intimes. Cet équilibre ne s’atteint pas en imposant à l’autre son désir. Il s’atteint dans le respect de cet autre et de soi-même. Dans la connaissance de son corps, de ses désirs et plaisirs.

Je vous rappellerai, pour conclure, que dans ce pays dans lequel vous avez le privilège indu d’être un personnage public, une femme meurt sous les coups de son conjoint tous les 3 jours. Sans doute n’aura-t-elle pas entendu vos précieux conseils, et ne se sera-t-elle pas pliée à la volonté de son bourreau.

Vous comprendrez, j’imagine, que sur ce, je ne souhaite pas vous saluer. Votre connerie tâche, je préfère m’en protéger.

La Guerre des Boutons.

Cher Toi,

Dans la mesure ou ce fut déjà maintes fois fait, je me passerai, si tu n’y vois pas d’inconvénient (dans le cas contraire, merci de bien vouloir remplir en 18 exemplaires originaux et manuscrits le formulaire B42678, ou, alternativement, de garder un silence respectueux), de te donner la liste des raisons de mon silence de ces dernières semaines. L’état d’urgence le justifiant par ailleurs, tu les comprendras vite à la lecture de cette lettre que tu as, nonobstant ton allure normale de bipède cérébré, attendu comme d’autres le prochain album d’Indra (qui de toute évidence ne viendra pas, fais-toi une raison, tu me fais de la peine).

Je n’ai certes pas manqué de sujets … je confesse être passée par des monts-z’et-des-vaux-z’humanesques que tu me connais désormais, à la vue d’un certain nombre d’inepties toutes plus créatives les unes que les autres, tantôt sautillante et emportée par la cocasserie, tantôt fulminante, voire encore hébétée et cherchant un vocabulaire approprié à la situation (tu notes que je te linke le tout pour tu puisses liker, la nature m’ayant faite généreuse – et au top en matière de vocables socio-spaciaux-temporels).

Mais, comme qui dirait, “trop, c’est comme pas assez”, et noyée dans cette opulence contextuelle, j’ai perdu le fil et reviens seulement avec un sujet ÔÔÔÔÔ combien délicat:

L’A D O L E S C E N C E

(je centre et majuscule, pour te faire saisir l’ampleur dudit sujet)

(j’eus pu colorer ou surligner, mais après tentative, je conclus que la chose entrait dans la même tendance stylistique que les guêtres roses fluo, ce qui, tu en conviendras, est d’une élégance toute relative)

Le mot, à lui seul, est si chargé qu’il collerait les chocottes à un légionnaire gavé d’EPO, c’est dire.

Étant dans l’état dubitatif et chancelant de la mante religieuse au moment de décapiter un mâle et se rendant compte qu’elle venait de se faire inséminer par un moustique géant (elle est longue, cette phrase … ndlr), je tentais de recentrer mes deux neurones en consultant cet indispensable outil, j’ai nommé le très précieux et irremplaçable TLF.

Quelle ne fut pas ma surprise en lisant ceci:

ADOLESCENCE – subst. fém.
[Concerne le plus souvent un être hum.] Âge de la vie qui suit l’enfance et qui s’étend jusqu’à l’âge adulte.

Le choc fut immense. Car vois-tu, moi qui viens de passer une semaine complète avec une adolescente, je dis, j’affirme, je clame que “c’est un peu court, jeune homme !!!! On pouvait dire … Oh! Dieu! … bien des choses en somme” (note la finesse avec laquelle j’en profite pour te montrer que j’ai lu au moins un classique).

Aussi, n’écoutant que mon devoir, je décidais d’établir une nouvelle définition afin d’aider mes contemporains à comprendre ce qu’est l’adolescence. Tiens-toi prêt, c’est un truc-de-ouf. Et ça pourrait être un peu long, sécurité nationale oblige.

ADOLESCENCE – subt. fém.

[Concerne le plus souvent un bipède ayant pris l'apparence humaine, dont on peut sans mal déceler qu'il est un réalité habité par un esprit démoniaque, schizophrène et beuglant. Alternativement, ou pas.] Âge interlope de l’existence présupposée humaine, qui suit cet état béni de l’enfance au cours duquel le parent émerveillé pourra quotidiennement esquisser des sourires béats et admiratifs, tout en concluant que l’être merveilleux se trouvant face à lui est forcément une illustration de la perfection, puisqu’il l’a enfanté. Au cours de l’adolescence, le dit parent se trouvera confronté à une série d’attitudes tant incompréhensibles que soudaines, dont l’auteure prétend dresser une liste non-exhaustive, ci-dessous. En dehors de certaines exceptions, la période ici décrite s’achèvera généralement dans les 5 années suivant la fin des études et l’acquittement par l’adolescent de ses factures par ses moyens propres, le faisant alors entrer dans l’âge adulte.

- Alimentation: l’adolescent, dans ce domaine, semble participer à un championnat tenu secret, dont le lauréat aura accompli la prouesse de consommer plus de vivres en une journée que durant la totalité de son enfance. Ainsi, il manifestera, toutes les deux heures dans le meilleur des cas, un remarquable esprit de compétition en émettant un son, se rapprochant de la phrase communément connue sous le vocable “j’ai faim”. Dans les instants suivants, il se jettera sur tout meuble contenant de la nourriture, et s’emploiera à le vider, méthodiquement. L’auteure recommande donc de recourir à un stratagème simple mais efficace, visant à dissimuler des vivres dans un contenant hermétique et verrouillé, dont l’emplacement sera précieusement caché à l’adolescent. Le reste du foyer pouvant ainsi espérer s’alimenter aux heures normales et habituelles.

- Sommeil: selon toute vraisemblance et au vu des constatations effectuées par l’auteure, l’adolescent ne dort pas. Il hiberne. Ainsi, il pourra sans mal se réfugier dans un état inconscient durant des périodes comprises entre 10 et 15 heures par tranche de 24 heures, qu’il fera suivre d’une période minimale de 2 heures au cours de laquelle, bien que son corps semble se mouvoir selon un schéma classique, il aura laissé son esprit dans un état profond de léthargie, rendant ainsi tout échange dit normal parfaitement impossible. Dans cette phase postérieure à l’hibernation proprement dite, on notera une conjugaison de phénomènes physiques symptomatiques: cécité sélective (il ne sera en effet capable de voir que les meubles supposés contenir des vivres), troubles auditifs (il ne percevra à ce moment aucun son visant à l’interpeler, fut-il doux et aimable), mutisme prolongé et paralysie des mâchoires (autrement décrit par le phénomène de la “bouche-collée”) l’empêchant d’articuler le moindre mot.

- Élocution (forme et fréquence): en dehors des périodes précédemment décrites, l’adolescent pourra alternativement se montrer loquace ou muet, selon un schéma mal défini et dont il est difficile de prévoir le rythme. Ainsi, en cas de volonté d’interaction verbale avec le sujet, l’adulte devra, quoi qu’il arrive, disposer d’un temps minimal de 3 heures, et dont la limite maximale n’a, en l’état des recherches disponibles, pas pu être fixée. Au cours de l’échange, l’adolescent passera ainsi par une première phase de silence, ponctuée de soupirs, de mouvements sourciliers, et, dans le meilleur des cas, de “chépô moua”. Au terme de cette période introductive, et sans qu’on en puisse identifier l’élément déclencheur, le sujet sera soudain pris d’un besoin irrépressible de déverser une somme assourdissante d’informations, touchant le plus souvent à des sujets variés et peu reliés entre eux (tendances des coloris de la saison en matière vestimentaire, perspectives d’avenir, ressenti face aux études, opinions variées sur les techniques de brossage dentaire, retransmission ridiculisante des comportements parentaux et professoraux, mise-à-jour des coloris capillaires de personnes ayant acquis leur notoriété par le biais d’apparitions télévisées, par exemple).

- Relation à ses semblables: selon toute vraisemblance, l’adolescent, de façon innée, marque son territoire. Ainsi, à la vue d’un bipède de même espèce, il opérera instinctivement et à une rapidité surprenante, une évaluation du sujet face auquel il se trouve, afin de procéder à sa classification. On pourra alors noter un mouvement facial notifiant que l’opération est effectuée, et qui, généralement, se traduira par l’expression faciale d’un mépris abyssal. Dans ses bons jours, l’adolescent ponctuera la chose de deux mots clairement articulés, bien que prononcés avec peu de volume vocal: “grosse traînée”. On notera ici que l’auteure fait référence aux sujets féminins, n’ayant à ce jour que peu de données relatives aux sujets masculins. On pourra cependant extrapoler le phénomène dans son expression masculine par le vocable “boloss”.

- Consommation numérique: s’il n’est pas interrompu par une tentative émanant de l’adulte présent et responsable, l’adolescent se consacrera à  une activité ininterrompue sur les outils numériques mis à sa disposition. Ainsi, il pourra aisément rester assis devant un écran, concentrant l’ensemble de ses mouvements dans ses avant-bras et ses globes oculaires, afin de “twitter”, “liker” ou “tagger”. Dans ces périodes, l’adulte s’enquérant de son activité courante n’obtiendra qu’une réponse approximative, visant clairement à l’éloigner de toute compréhension de ladite activité. En cas d’insistance, il obtiendra un “ça va, c’est bon, j’fais rien j’te dis !!” l’invitant sans équivoque à recentrer son attention sur ses propres parties intimes.

- Mouvements oculaires (et autres manifestations instinctives du Moi Profond): on conclura par ce sujet, qui semble être le mode de communication essentiel du sujet avec l’extérieur (en dehors de l’activité numérique déjà mentionnée). En effet, il semble que l’adolescent, peu friand d’argumentation verbale intellectuellement construite, manifeste une aptitude particulière quant à la mobilité oculaire et sourcilière. S’il peut, dans un moment surprenant et fugace de volonté de communication, manifester la joie, la surprise, ou l’enthousiasme, il usera cependant largement des surface pileuses surplombant ses yeux afin de manifester le mécontentement, la résignation, l’indignation, la colère, ou encore la honte (de ses parents, ndlr). Le tout se résumant dans une variation de deux mouvements que l’auteure traduira verbalement par “ouais c’est bon lâche-moi”, “cause toujours j’en ai rien à caguer”, “t’es vraiment trop débile j’ai trop hâte de me casser d’ici”, “de toutes façons j’en ai rien à foutre, j’fais c’que j’veux”.

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Ma Divine et Merveilleuse Progéniture étant âgée de 6 ans, il me reste donc environ 5 ans avant que ne sonnent les prémices du glas.

C’est court, 5 ans.

Colères audiencées.

Cher Toi,

La période aurait pu m’inciter, ces derniers jours, à te concocter une petite bafouille de bonne-année-bonne-santé-bisous-à-Tata-Paulette (dont tu t’obstines à ne pas me donner de nouvelles, mais nous aurons l’opportunité d’y revenir). Mon impeccable éducation aurait sans doute du me conduire à publier un bristol en bonne et due forme, portant-note-manuscrite-à-la-plume-et-tout-le-tintouin. Mais que serait cette existence numérique, et ses promesses fantasques de destin héroïque, si elle s’accommodait des codes et de l’étiquette, plutôt que de te réjouir de mes fureurs et autres soubresauts quasi’stériques ? Elle ressemblerait à cette morne page de l’improbable roman Arlequin dont tu régalas ta folle jeunesse sébacée, et je te décevrais, à n’en pas douter.

Ainsi donc, m’étant lancé le défi de te divertir (alors que ton cheffaillon t’imagine en pleine migraine de reporting trimestriel et comptage de trombones) (NDLR: le correcteur d’orthographe me suggère de remplacer “cheffaillon” par “effeuillage” … freudien, sans doute …), j’ai cherché où porter ma colère. Les sujets ne manquèrent pas … d’un archi-vioque à une précieuse ridicule, en passant par une horde de joyeux camarades en mal d’idiotie criminelle … on vit une époque formidable, nous disait l’artiste …

Mais ma vie est folle … et réelle. En cette presqu’aube de janvier, je vais donc, une fois n’est pas coutume, vider mes tripes de façon personnelle. Ayant renoncé à m’allonger sur un canapé dans un autre but que le plaisir (n’imagine pas que tu liras ici les détails de ces moments bénis, petit polisson), il me faut parfois éructer, et puisque tu n’as rien de mieux à faire, tu vas devoir te farcir ma tranche de vie. Tu l’auras compris, puisque tu commences à saisir les contours de ma personne (taille et poids confidentiels), cette tranche n’a rien d’une balade dans la campagne anglaise au petit matin d’un printemps qui frémit. Nous serions plus proches de la musique d’un réacteur de 747 au décollage, en moins mélodieux.

Tu le sais, puisque je l’ai déjà évoqué ici, j’ai le bonheur de faire partie de cette troupe de femmes ayant choisi de reprendre possession de leur existence: je suis divorcée (par “bonheur”, ne t’y trompe pas, j’entends “extase”). Le divorce, dans mon cas, fut ma renaissance, l’éveil à une réalité composée d’infinis possibles, la fin d’un cauchemar qui n’avait que trop duré. La libération fut obtenue à la force du poignet et à grands frais d’honoraires, de lecture de mensonges en justifications interminables … il me fallut établir que j’étais bel et bien saine de corps et d’esprit, et en danger réel et sérieux pour obtenir ce sésame. La bataille dura 4 ans, pendant lesquels je pus constater que l’imagination perverse d’un conjoint dont le jouet se refuse soudain à lui ne connaît aucune limite décente.

Dans ces cas de figure, où aucune entente raisonnable n’est possible, il ne reste à celui qui part qu’une option: accepter de donner à l’autre l’illusion qu’il a gagné. C’est à ce prix que l’on peut en sortir et espérer se reconstruire, et on l’accepte, en se disant qu’il finira par disparaître, lorsque l’enfant qu’on a mis au monde aura grandi et prendra son envol, nous débarrassant de son père par la même occasion.

Et on a tort. Lourdement, infiniment tort. Parce que l’autre, laisse-moi te le dire, ne s’arrête jamais. L’autre poursuit, quoi qu’il arrive et sans relâche, ce minutieux travail qu’il a entrepris. N’a-t-il plus d’emprise sur l’objet de son ire ? Peu importe, il utilisera l’enfant. Celle-là même qu’il pleure en public, et dont il oublie l’existence aux spectacles de fin d’année, aux temps de crise, aux réunions avec les enseignants, aux cours de danse. Celle-là même qu’il appelle furtivement tous les 10 jours, pour faire bonne mesure, qu’il est trop occupé pour la voir plus d’une fois par mois, quand bien même se trouverait-il un jour à sa proximité immédiate. Celle-là même dont le bien-être l’intéresse tant qu’il prétend être dans l’incapacité de contribuer à sa vie quotidienne, quel qu’en soit le moyen. Celle qu’il te laisse élever seule, en criant au monde que c’est par ta faute, ton unique faute, toi, la garce vengeresse, qu’il s’en désintéresse. Et il fait dire cette oeuvre digne d’un Goncourt à son avocat, dans le bureau d’un juge dont la fonction est de voir défiler ces parents qui avaient cru s’aimer assez pour respecter la vie qu’ils donnèrent.

Voilà, comme je démarre cette année. Dans le bureau d’un juge, et heureuse de n’avoir pas vomi, tant le dégoût de cette comédie m’aura assailli.

10 minutes de marche séparent le Palais de Justice et l’école de ma Divine et Merveilleuse Progéniture.

Il faut croire que les pieds de son père étaient trop douloureux pour qu’il puisse aller l’embrasser. Mes bras, eux, étaient assez grands pour lui donner le sourire, c’est déjà ça.

La montagne, ça vous gagne.

Cher Toi,

Comme tu l’auras compris, je m’attache depuis le saint jour de ma naissance à travailler sans relâche à l’achèvement d’une œuvre majeure : l’atteinte de la perfection.

Comme tu l’auras aussi compris, j’y suis presque. Mais ne reculant devant aucun défi, aucun Himalaya-inatteignable-et-attaqué-par-la-face-nord, je fixe la barre de la Déessitude toujours plus haut, « vers l’infiniiiii et au-delàààààààà », comme qui dirait (oui, je sais, mes références culturelles te troublent par leur intensité et leur profondeur, que veux-tu, j’aime le cinéma d’art et d’essai).

Ainsi, pour clore cette année avec tambour-z’et-trompettes, confetti-z’et-cotillons, j’avais consenti à briser ma minuscule tirelire pour satisfaire un rêve d’enfant : celui de ma Divine et Merveilleuse Progéniture de descendre des pistes too-schuss.

… GROSSE boulette …

Oui, mon Ami, mon Frère, mon Compagnon de Misère et d’Infortune, l’expérience fut douloureuse. La liste de mes doléances est précise, et je vais tenter derechef de la dresser ici, sans céder à l’immense tentation de me rouler par terre en poussant des petits cris de cochon de lait qu’on égorge dans la campagne berrichonne (car nonobstant sa nature débonnaire, le berrichon est cruel, parfois, dans son ignorance de la souffrance porcine), parce qu’on a sa dignité, tout de même.

Tiens-toi prêt, ce qui suit pourrait t’être douloureux, à toi aussi.

1 – La montagne ignore que le reste du monde dispose de cet outil communément appelé Wifi. Pour préciser, la montagne connaît le bouzin, mais décide de ne pas le mettre à disposition de son aimable clientèle à moins que cette dernière ne se fende de l’acquittement prohibitif d’une redevance usurière. Forçant ainsi ta Serviteuse à passer une semaine (et c’est long, une semaine, crois-moi) à mendier un accès auprès des restaurateurs stationnesques, avec force minauderies pathétiques et supplications lamentables. Par là-même contrainte, donc, à l’arsouillage en règle au vin chaud tous les après-midis, pour espérer être connectée au monde des vivants, hips. Je te recommande de tenter de clavioter (et non glavioter, c’est dégueulasse) après ingestion dudit breuvage. Exercice périlleux s’il en est, que nous situerons, pour la bonne compréhension des débats, entre une séance de yoga dans un bassin d’alligators boulimiques et le suicide social par éventration (méthodes certes efficaces mais relativement pénibles). Nous soulignerons par ailleurs (et la chose est douloureuse à évoquer, tu l’imagines) le risque de développement précoce d’une couperose alcoolique, qui me forcerait à porter plainte pour Crime-contre-ma-merveilleuse-humanité (je prends les coordonnées d’un avocat compétent et bénévole, d’avance merci) auprès du TPI (Acronyme traduisible par Terminus des Pauvres Idéalistes, me souffle-t-on dans l’oreillette).

2 – La montagne est antiféministe. Je sais, le propos peut sembler osé, je dirais même que seuls quelques esprits libres et affranchis du joug de la pensée unique iront jusqu’à soutenir publiquement la théorie. Je m’explique. Comment justifier que nous, Déesses porteuses de ce message universel d’absolue féminité, soyons obligées de porter ces insultes à la grâce que l’homme frustre (voire même de la pampa) nomme « vêtements de ski » ? La réponse est évidente, Cher Toi, mais je t ‘aime bien et te la donnerai donc : on veut nous anéantir, nous aliéner, nous réduire au silence, en n’imaginant rien d’autre que ces sacs z’informe-z’et-indignes de nos corps !!!! Oui, je l’affirme, les sports d’hiver sont une des armes de la guerre de domination de la Femme par l’homme !!!! AH !!!!

3 – La montagne insulte le drapeau et la fierté gastronomique nationale. Avant que de me regarder en soupirant, je t’invite à constater en image. La chose est telle que moi, oui MOOÂÂ, je manque de mots.

4 – Last but not least, la montagne pratique la prise d’otage, en n’envoyant pas le taxi commandé pour regagner la gare et espérer t’asseoir dans le tégévé qui te ramènera au sein de cet Eden nommé Paris. Tu manques donc ledit tégévé. Et tu pleures, en espérant que le suivant accueille ton majestueux arrière-train. Enfin le tien, on s’en fout. Le mien, non.  Même les FARCS ne sont pas si vicieux et mesquins.

Si je parviens à retrouver la civilisation, tu pourras bientôt lire ceci. Sinon, c’est au printemps, alors que la neige cèdera la place aux pâturages verdoyants et que mon corps recroquevillé en position fœtale sur le cliché d’une paire d’escarpins et un kit de manucure sera découvert, et que l’on exécutera mes dernières volontés en signe de respect à mon illustre existence, que tu me liras.

Dans le second cas, sache que j’ai aimé te rencontrer.

Et « Joyeux Noël, Oh Oh Oh ».

Celles qui coulent.


Cher Toi,

Oui, c’est Moi. Je sais, je perçois cet émoi qui naît de me lire enfin, Toi qui passas ces journées à chercher le sens de l’existence, te demandant ce qui pouvait bien me tenir éloignée de Toi.

Que veux-tu que j’te dise, je t’aime bien, c’est vrai, mais j’avais des trucs à faire. Une foultitude. Par exemple, il fallait absolument que je compte mes chaussures, que je me prélasse devant ma cheminée, que je me torture en faisant du yoga, que je vérifie l’alignement de mes ongles, que je me batte avec mon nouveau MacBook (le Monsieur de la Pomme a décidé de se venger, c’est évident), et toutes sortes d’autres tâches primordiales et essentielles à ma santé mentale . Ajoute à ça une actualité foisonnante d’indécence et de non-sens (va en paix, EELV, toi qui rejoins la troupe des mouvements politiques ridicules et suicidaires, déroulant ainsi un tapis rouge serti de diamants à Marine-fille-de-borgne, qui n’attend désormais plus rien pour venir renvoyer les gonzesses à leurs fourneaux et redonner à la France, la Vraie, son blanc immaculé, donne-moi un instant, je vais vomir) et tu obtiens la clé de cet insondable mystère que fût mon absence passagère (punaise tu trouves pas que je tue tout en matière de syntaxe ? des fois, je me regarde et je me fais des bisous, tellement je suis émerveillée)(bref).

Bon, nous avons réglé un point essentiel, et maintenant que tu vas mieux, je vais m’empresser de te parler d’un film que tu dois aller voir séance (de cinéma, LOL, je sais) tenante: La Source des Femmes. Tu en as forcément entendu parler lors du dernier rassemblement du snobisme cinématographique français qu’est le Festival de Cannes, et tu sais donc que le rôle titre est tenu par Leila Bekhti, et que l’oeuvre fut réalisée par Radu Mihaileanu.

Ce que tu  ignores, pour ne pas avoir vu le film, c’est toute la douceur, l’humour, la gravité, la force qui le composent. La pudeur d’une résistance qui naît de la souffrance des femmes qui perdent leurs enfants, qui subissent et se soumettent silencieusement aux traditions séculaires qui leur interdisent l’existence. L’éveil de la dignité qui naît de l’amour, du doute d’un monde moribond et de la certitude d’être juste.

Ce que tu ignores encore, c’est toute la décence avec laquelle est traité le sujet, pourtant grave, de la manipulation d’une population par ceux qui ne lâchent le pouvoir que si on le leur arrache, au nom d’un Dieu qui jamais, vraiment, n’exigea d’eux ce qu’ils prétendent servir en son nom. C’est aussi le rappel simple et sans fioritures que les femmes, au-delà de nos combats, ont besoin, partout, d’être aidées pour obtenir un simple droit: celui de vivre et d’être.

“La source Divine des Femmes, ce n’est pas l’eau. La source Divine des Femmes, c’est l’Amour”.

God bless America.

Cher Toi,

Ces derniers jours, entre deux réunions, une corvée de repassage (trimestrielle), une manucure et une préparation de cake à la banane (qui a fait de moi la copine la plus hype de la journée, mais bon), je me demandais sur quel sujet j’allais bien pouvoir me pencher. J’avais quelques idées, comme le déversement de pétitions dans ma boîte mail, la candidature de JP Chevènement à l’érection Pestidentielle (LOL, hein ?) et d’autres gribouilles dont je te garde la surprise afin de faire naître en toi, si ça n’est pas déjà fait, un irrépressible et répréhensible désir de mes lignes, mes mots, mon âme (faut jamais faire les choses à moitié, ça gâche).

Le problème, c’est que l’actualité me chatouille l’hypophyse-pas-contente, me transformant temporairement en une créature oscillant entre le dragon hystérique (mais impeccablement manucuré, ça va de soi) et une guichetière de La Poste au lendemain d’une mise-en-plis loupée. Accueillante, en somme. Et que, pas d’bol, ça arrive de plus en plus régulièrement. Et que bien que je m’efforce de te ménager, force est tout de même d’admettre que parfois, tu me pousses dans mes retranchements les plus sombres. Autant te le dire, la démarche est douteuse, stratégiquement.

“Alors”, me demandes-tu, “c’est quoi ton problème, aujourd’hui ?”

Bouge pas, j’te raconte.

Comme tu le sais maintenant, j’ai souvent pensé et dit que je ne suis pas une féministe guerrière. Et pour tout t’avouer, dans les folles années de ma jeunesse révolue (là, comme tu es élégant, tu te tais.), il m’arrivait même de tenir des propos carrément rétrogrades, dans le département femme-d’intérieur-responsable-de-la-bonne-tenue-du-foyer. Mettons ça sur le compte de mon besoin, à cette époque, de me rebeller contre ma culture familiale ultra-féministe, dûment transmise de génération en génération depuis mon arrière grand-mère, fille-mère en 1918 (schématiquement pute, à l’époque), à ma mère-brûleuse-de-soutifs-en-place-publique et lectrice-d’oeuvres-subversives (Norman Mailer, dans les années 50, te rends-tu compte, petit scarabée ?). Ce fut sans doute-là ma seule forme de crise d’adolescence, vaguement effectuée vers 20 ans, et sans plus de remous que quelques phrases frisant le scandaleusement-soumis-à-la-puissance-de-l’homme-dominant. Non point d’abandon à la drogue, l’alcool, le stupre et la fornication, point de nuits échaudées dans les catacombes ou de transgressions de l’ordre établi, sage comme une image parfaitement dessinée par les religieuses des écoles que j’avais fréquentées durant toute mon enfance, docile et calme. Ado trop fastoche et auto-gérée, dont les parents ébahis se demandaient à quel moment j’allais exploser sous la pression des hormones. Explosion qui ne vint jamais.

Au regard de cette enfance, il pourrait paraître surprenant que je m’insurge à ce point contre les actes et paroles “anti-féministes” de ce monde. Est-ce donc l’âge qui me gagne et qui tolère les irrespects de plus en plus parcimonieusement, ou est-ce ce monde, qui décidément, devient fou ? Les deux, mon capitaine, à mon sens.

Je vais te parler factuellement d’une chose, et une seule, parce qu’elle dit à elle seule toute la maladie de cette prétendue civilisation.

L’état du Mississipi, membre de ce grand pays de libertés fondamentales que sont les Etats Unis d’Amérique, se penche actuellement sur un projet de loi visant à personnifier le foetus dès le premier instant de sa formation. La conséquence très directe de cette disposition serait, bien entendu, de rendre illégal tout avortement – que la grossesse soit le résultat d’un viol ou d’un inceste, ou qu’elle mette en danger la vie de la mère n’y changeant rien. Poussons plus loin encore, la logique conduirait alors à l’interdiction d’un certain nombre de contraceptifs, tels la pilule ou le stérilet, dont la fonction est d’empêcher la nidation de l’oeuf dans l’utérus.

En synthèse, le droit des femmes à disposer de leur corps et à choisir leur sexualité serait tout bonnement à classer au département histoire ancienne.

Et l’avenir des jeunes filles, qui, comme moi, auront été violées à 17 ans et auront été enceintes à la suite de l’événement, sera tout tracé. Mère adolescente, regardant grandir un être qui leur rappellera toute leur vie qu’on leur a volé leur dignité.

“Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit”. Pour les femmes, aux Etats-Unis entre autres, ça attendra encore un peu.

Tu viens, je vais vomir ?

Mister H.

Cher Toi,

Parfois, je suis de bonne-bonne-bonne-bonne-humeur (ce matin y’a des matins comme ça, kesse tu veux), et toute la malice que tu pourrais mettre en oeuvre n’y changerait rien.

Je vais te la faire courte (parce que mine de rien, j’ai une vie avec des trucs à faire dedans).

Tu vois le monsieur sur la photo ? Tu le reconnais ? (si tu as envie de répondre par la négative, tais-toi, tu vas tout gâcher). Moi, le Monsieur sur la photo, ça fait 20 ans que j’en suis accroc. Notamment parce qu’à l’inverse des 2b3, il a un univers fantasmé qui t’emporte au-delà de toi-même, et qu’il fait ça en jazzant, en popant, en riant de toi et de lui-même. C’est quand même à se demander si parfois, la génétique ne fait pas exprès de transmettre le talent en crescendo, faut dire.

Cet ovni là se passe de rimes à 2 balles et de mélodies faciles. Il donne dans le bon, toujours et quoi qu’il arrive. Du coup, non seulement j’en redemande, mais je le fais en suppliant (et si tu me connaissais, tu saurais que la seule autre occasion que ce monde ait eu de m’entendre supplier, c’est quand j’ai mis bas. Avant de te marrer lamentablement, tente un accouchement de 24 heures. Voilà. Tu la ramènes moins, là, tout de suite).

Hier soir, au fantastique 104, lui et moi, on s’est regardés dans les noeils pendant qu’il me chantait des trucs d’un autre monde (et que son bassiste, en passant, faisait un travail remarquable avec du talent en-veux-tu-en-voilà. Il avait certainement mangé des spaghettis, ça aide toujours).

Son nouvel album, c’est Baba Love, et si tu l’as pas encore, précipite-toi à la première station service que tu trouves à moins de vouloir finir ta vie comme un loser pire que si t’avais pas de Rolex à 50 ans.

Allez, c’est vendredaille, c’est ripaille, je t’en donne un bout parce que je suis gentille et que je sens bien que tu en as besoin pour finir ta semaine. Enjoy, c’est cadal, ça fait plaisir.

 

 

 

“Tu seras un Homme, mon fils”

Cher Toi,

En cette fin d’après-midi ensoleillé sous le ciel de Paris, je me trouve dans un état jouxtant la circonspection.

Commençons, si tu veux bien, par le commencement en définissant ce mot, selon notre désormais inévitable TLF:

-> Circonspection. Subst.féminin. Retenue prudente que l’on observe dans ses paroles ou ses actions.

Ahah. Si la tentation de la retenue est bien là, elle n’est pas assez forte pour l’emporter. Quand à la prudence, tu l’auras compris, je la garde pour d’autres et te réserve mes élans et emportements, puisque tout le monde s’en fout et que le ouèbe est fait pour ça, sinon quoi d’autre ? Je jouxte.

Or donc, cet après-midi, les dieux-des-gonzesses-hystériques-z’et-sautillantes-à-la-perspective-d’une-activité-procurant-des-hiiiiiiiiiiii-dans-le-dedans-de-Toi étaient de mon côté. Cet après-midi, j’entrais au pinacle de la féminitude, de l’éléganciation et de la grâcerie réunies, légère d’humeur telle un pinson virevoltant dans la campagne anglaise au petit matin d’un printemps lumineux.

Cet après-midi, j’allais chez Cartier. Oui. Moi. (HIIIIIIIIIIIIIIIIIIII). Pourquoi, me demandes-tu, avec cette curiosité gourmande qui fait se retrousser ton nez comme celui d’un cochon de lait ? Simple, te réponds-je. Premièrement, parce que qu’à l’évidence, ce divin  endroit attendait ma visite pour enfin réaliser sa vocation. Bon. Mais pas que.

Vois-tu, mon amoureux est un tireur d’élite. Ce qui est cohérent, puisque c’est le mien-à-moi-que-j’ai-et-même-pas-Toi. Que donc, il a fait ce qu’un homme (un vrai, je le dis en passant, et tu comprendras pourquoi plus tard) fait lorsqu’il veut aimer une femme avec un détail qui n’en est pas un. Il m’a offert LA bague. Celle dont je rêvais (plus ou moins) (enfin moins que plus, faut dire) secrètement depuis une bonne vingtaine d’années. (Je suis quand même TRÈS TRÈS amoureuse) (pas à cause ni grâce à ça, mais du coup, ça aide pas à changer la chose, autant te le dire) (bref). MAIS comme il est VRAIMENT parfait, il l’a prise une taille trop juste. Tu vois le trait de génie ? Comme ça, il fallait que j’y retourne, moi, pour la changer. Je sais, il est diabolique. Bref. Tout ça, c’est bien joli, mais ça n’est absolument pas le sujet du jour (quoique. Me la péter comme ça, j’aime aussi) (et oui, cette logorrhée de détails a un intérêt ici, ne serait-ce que parce que j’ai décidé que).

Mais qu’est-ce donc, le sujet du jour, continue-tu béatement de questionner, pendu à mes paroles ? Hein ? Le sujet du jour tiendra dans une description d’évènement que j’espère brève (sans pouvoir promettre), mais ma foi probante. Je pose le décor:

- Moi, montant dans un taxi (il pleuvait soudain) (beaucoup) (je porte des talons aiguilles) (arrête de discuter, je prends pas le métro avec un sac Cartier à la main), au chauffeur: “bonjour Monsieur, je vais au xx rue de xxxxxxx dans le xxème arrondissement s’il-vous-plaît, merci”.

- Lui, l’air trop-blagueur-qui-fait-pouêt-pouêt: “aaaah mais oui Madame, vous voulez y aller aujourd’hui ou demain (tsouin-tsouin, ndlr) ?”

- Moi, tentant d’être bien élevée: “ahahahah (mais pas trop fort pour pas l’encourager non plus), aujourd’hui, je préfère.”

- Lui: “bon bon ben alors vous voulez passer par où ?”

- Moi: “le plus rapide selon la circulation s’il-vous-plaît, j’ai des rendez-vous (si, c’était vrai), évitez la rue xxxxxxxxx, sinon ça prendra 5 heures …”

- Lui: “ahahahah ça s’rait rigolo hein !!”

- Moi, souhaitant poliment arrêter la conversation: “oui sans doute, mais moi, ça ne me fait pas tellement rire. J’ai des rendez-vous, je suis pressée.”

- Lui (pas content, et se révélant donc, tel qu’en lui-même): “ooooooooh mais alors là, moi je rigole hein! et si les femmes elles sont gentilles, je suis gentil, sinon, hop, clac! (si si, je cite). Parce que là, faut me respecter hein! La Reine de chais pas quoi qui s’la pète, j’vais lui montrer ce que c’est un homme moi !! Non mais !! Moi, quand j’baise, j’baise !! Vous en avez pas connu, des hommes vous !! ” (je te dis que je cite)

Bon. Te dirai-je que je l’ai traité de sale con de sexiste contre qui je me ferai un plaisir de porter plainte lorsque je suis enfin arrivée (après avoir eu droit à un tour quasi-complet du périphérique) ? Te dirai-je aussi que je lui ai clairement expliqué que les hommes, les vrais, j’en connaissais, et que lui était leur anti-thèse ?

Je sais. Force est de constater que ce mot là ne figurait pas dans son vocabulaire. Tsoin-Tsouin.

Ne finissons pas sur une note amère. Regarde (hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii).

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